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Réforme des retraites : une nécessité, mais pas dans n’importe quelles conditions

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Mardi 17 décembre, je suis sorti à la rencontre de près d’une centaine de citoyens venus manifester devant ma permanence contre le projet de réforme des retraites du gouvernement.

Durant une quinzaine de minutes, j’ai échangé avec mes concitoyens – parfois Il est vrai avec difficulté – dans une ambiance relativement houleuse et électrique.

Le représentant du syndicat FO m’a remis un tract listant les inquiétudes de son syndicat vis à vis de cette réforme.

Si je peux partager certains points de vigilance (j’y reviendrai plus loin), d’autres inquiétudes listées ont, soit déjà des réponses dans le projet de réforme actuel, soit sont totalement infondées :

  • L’âge pivot à 64 ans pour toucher sa retraite pleine : dans les faits, les Français prennent en moyenne leur retraite à l’âge de 63,5 ans. Mais j’y reviendra plus tard, car je ne suis pas d’accord non plus avec ce système d’âge pivot, pas plus qu’avec le système de bonus/malus ;
  • Des pensions moins élevées : les paramètres du futur système n’étant pas encore fixés, tous les simulateurs ou autres extrapolations qui iraient dans ce sens, et que l’on peut trouver sur internet, sont forcément inexacts ;
  • Toutes les pertes de droits annoncées : ce sont certes des inquiétudes formulées, mais elles ne reposent sur aucun fondement factuel ;
  • Perte de droits pour les femmes aux carrières interrompues pour période de grossesse : FAUX, des points seront attribués en cas de maternité, mais aussi d’invalidité, de maladie et de chômage. A ce propos, les inquiétudes soulevées localement pour les périodes chômées sont donc levées, puisque comme je l’ai déjà écrit : « ce qui est plutôt intéressant pour SPM où le travail saisonnier, notamment dans le BTP, concerne un grand nombre de salariés qui durant leur période chômée continueront (dans le sens : poursuivront comme ils le font déjà aujourd’hui !) de cotiser pour leur retraite. » N’en déplaise en passant à M. Garnier et autres personnes de mauvaise foi qui déforment volontairement, et à des fins politiques, mes propos ;
  • Une diminution des droits à la pension de réversion : FAUX, les pensions de réversion concernent dans leur grande majorité des femmes, et elles seront justement plus protectrices et plus justes (70% de la somme des deux retraites, au lieu des 50 à 60% de la retraite du conjoint, sous condition de ressource du survivant, aujourd’hui) ;
  • Incertitude lié à la fluctuation du point : FAUX, le point aura une valeur fixée dans la loi, il sera indexé sur l’évolution des salaires. C’est la règle d’or, il ne pourra en aucun cas perdre de la valeur. Le point sera géré par les partenaires sociaux dans le cadre de la gouvernance ;
  • C’est la fin de la solidarité intergénérationnelle : FAUX, le système à point reste un système par répartition, c’est-à-dire que les cotisations versées par les actifs sont immédiatement réparties pour financer les pensions de retraite, comme c’est le cas aujourd’hui.

Comme je l’ai dit aux manifestants devant ma permanence, je pense que cette réforme est nécessaire, car nous arrivons au bout d’un système de retraites trop complexe et qui montre ses limites. Le contexte social et les conditions de travail ont évolué avec le temps, certaines devenant plus confortables selon les secteurs, d’autres restant ou devenant pénibles. Un réajustement est nécessaire.

Le système de retraite actuel est injuste et illisible, avec pas moins de 42 régimes différents. Plus de sept Français sur dix se disent inquiets pour leur propre retraite (baromètre 2019 Ipsos). Qui n’a jamais dit ou entendu quelque chose du style : « il vaut mieux profiter maintenant, de toute façon on n’aura rien à la retraite… ». Le constat est assez généralisé sur le peu de fiabilité du système actuel. Aussi, la création d’un système universel permettrait justement de renforcer la solidarité entre les Français. Plus nous serons nombreux à cotiser au même régime, plus les protections seront fortes et notre modèle solide et durable.

Cette réforme apporte aussi de nouveaux droits et garanties, dont :

  • L’ouverture de nouveaux droits pour les carrières hachées ou les temps partiels. Chaque heure travaillée ouvre droit à des points de retraite, alors qu’aujourd’hui, les personnes au SMIC qui travaillent moins de 150 heures par trimestre cotisent sur leur salaire, mais n’ouvrent aucun droit à la retraite (je pense notamment ici à toutes ces femmes que j’ai vu arriver à la fermeture des bureaux pour faire le ménage, qui ont trimé et cotisé toute leur vie pour au final aucune retraite !) ;
  • Pour la fonction publique, le calcul des cotisations sur l’ensemble des rémunérations, y compris les primes. Concernant SPM, négocier la cotisation sur le traitement indexé pourrait être par exemple une éventuelle opportunité pour palier la disparition progressive de l’ITR ?
  • L’ouverture de la pénibilité à de nouvelles catégories (notamment dans la Fonction publique hospitalière) et la dangerosité (enfin) reconnue pour les militaires, pompiers, policiers, pénitentiaire ;
  • L’indexation des points de retraite sur le niveau des salaires, pour éviter tout risque de décrochage ;
  • Le droit à bénéficier d’une pension majorée dès le 1er enfant (à partir du 3ème aujourd’hui) ;
  • Le droit de bénéficier d’une pension de réversion plus protectrice et plus juste.

Par contre, certains points de ce projet de réforme restent pour moi à ce jour encore trop flous ou ne me satisfont pas :

  • L’âge pivot à 64 ans : si nous vivons de plus en plus vieux en bonne santé de manière générale, nous ne vieillissons pas tous de la même manière selon notre métier ou notre secteur d’activité. Aussi, il ne s’agit pas pour moi de fixer une limite stricte (un âge pivot), mais de pouvoir accéder à sa retraite pleine plutôt en fonction des conditions de son parcours professionnel. Que l’on puisse travailler plus, soit, mais pas n’importe qui, ni n’importe comment ;
  • Le bonus/malus : ce système est injuste, il n’est pas dans l’esprit du système social français. Il risque d’accroitre les inégalités socio-économiques car les personnes qui n’ont pas d’autre choix que de partir à la retraite à 62-63 ans subiront un malus stigmatisant ou poursuivront au détriment de leur santé, alors que les travailleurs qui ont exercé des métiers moins pénibles, moins exposés à la précarité seront libres de choisir et de profiter d’un « bonus » ;
  • Les engagements pour les enseignants et les chercheurs sur leur revalorisation, ainsi que la meilleure prise en compte du travail de nuit vont dans le bon sens, mais sans chiffrage précis, il est difficile de juger si la proposition est réaliste et/ou à la hauteur des enjeux.

Reste la grande question des conditions d’intégration (ou pas) de SPM dans cette réforme ? Dans quelles mesures, sous quel calendrier ?

Le projet de loi n’étant pas encore finalisé, il est difficile de répondre à ces questions, comme d’ailleurs d’avoir un avis tranché à son sujet. Le gouvernement poursuit les discussions avec les partenaires sociaux qui le souhaitent. Je reste évidemment très attentif à l’évolution de ces discussions qui devraient aboutir au dépôt d’un projet de loi fin janvier par le Premier ministre. Viendra alors le travail parlementaire pour amender et améliorer ce projet de loi.

C’est d’ailleurs aussi dans un esprit de concertation qu’à l’issue des précisions du Premier Ministre du 5 décembre dernier, j’avais aussitôt contacté les partenaires sociaux « salariés » pour proposer une rencontre afin d’échanger sur les annonces d’Edouard Philippe. Cette discussion n’a finalement pas eu lieu, mais j’espère que ce n’est que partie remise pour janvier.

A mon sens, cette réforme doit être avant tout systémique. L’équilibre budgétaire doit être un objectif, mais pas une finalité. L’essentiel étant que chaque citoyen français puisse partir à la retraite dans des conditions dignes, quel que soit le contexte conjoncturel ou démographique.

Je me suis investi en politique pour défendre les intérêts des Saint-Pierrais et des Miquelonnais, et c’est bien ce que je compte faire encore dans le cadre de cette réforme des retraites.

Mise au point…

Si je peux entendre les colères, voire même tolérer certaines invectives, je ne peux pas accepter l'insulte ! Heureusement, ce type de comportement déplacé ne concerne pas la plus grande majorité des manifestants présents mardi dernier, qui ne faisaient que clamer librement auprès de leur député, comme c’est leur droit, leurs inquiétudes. Cette lamentable attitude se limite qu'à quelques individus, notamment un personnage outrancier qui s'est revendiqué représentant du Collectif "Bien vivre SPM", dont les propos insultants ne peuvent que desservir tous ceux qu'il dit représenter. L'insulte est souvent l’argument final de celui qui ne trouve plus rien à dire, mais le manque de respect, envers qui que ce soit, reste intolérable ! J’invite donc ce grossier personnage à toque à fourrure - il se reconnaîtra - à plus de modération dans ses propos à l’avenir. Que l’esprit de Noël puisse apaiser son âme tourmentée.
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